• Contes de la tele ordinaire
Contes de la tele ordinaire

Contes de la tele ordinaire

«Ma télé a le blues. Je la soupçonne d'avoir mal vécu l'arrivée des ordinateurs dans la chambre des filles. Elle a le te int qui se brouille, des extinctions de voix, des chutes de tension. L'autre jour, ma femme a trouvé dessus des traces de moisissures. On s'in­quiète. Alors, j'essaie de lui remonter le moral. Je m'installe devant l'écran, je regarde dans sa direction, l'air concerné. J'ai même pris des notes pour lui montrer que je m'intéresse encore à elle...» Délicieux cocktail sucré-salé de chroniques et interludes à grignoter dans le métro ou sur un canapé, ces Contes de la télé ordinaire transportent le lecteur au pays du petit écran, un monde merveilleux peuplé par des animateurs monstrueux, des hommes politiques illusionnistes et quelques présentatrices féeriques. David Abiker croque et décrypte un univers médiatique qu'il connaît bien à travers ces cinquante historiettes rédigées entre 2005 et 2008. Des.fables pour nous faire rire et une réflexion caustique sur la fin inéluctable de la télévision. David Abiker est chroniqueur pour France Info et pour plusieurs magazines de la presse écrite. Il est l'auteur du Musée de l'homme. Le fabuleux déclin de l'empire masculin (2005) et du Mur des lamentations. Tous victimes et fiers de l'être ! (2006) aux mêmes éditions. Extrait du livre : - Tu as suffisamment regardé ton ordinateur, tu te mets tout de suite devant ta télé et après tu fais tes devoirs. - Oh nan, pas la télééé. La semaine dernière, je suis entré dans la chambre de ma fille aînée. Elle regardait l'écran de son ordinateur. - Allez, viens, on va regarder la télé ensemble en mangeant des Springles. -Laisse-moi, je suis occupée, elle a dit sans me regarder. Même pas un instant de rien du tout. C'est la première fois qu'elle me faisait ça, car généralement, elle ne résiste pas aux Springles. J'ai avisé l'écran, s'y jouait une sorte de gag sur un site de partage vidéo, des types déguisés en adolescente grimaçaient tout en chantant un truc. «Parle à ma main», disaient-ils en se dandinant. L'image était pourrie, le son métallique. Personne pour commenter le programme en question, l'annoncer, le critiquer. Ma fille allait chercher ses clips sans que personne ne lui dise pourquoi ni comment. Elle se débrouillait. Tout en regardant, elle discutait sur l'écran avec une amie. Elles s'envoyaient des messages qui apparaissaient de façon instantanée sur une petite fenêtre. J'ai tenté de lire pardessus son épaule mais les phrases chassaient les phrases, toutes construites par onomatopées bizarres que je ne comprenais pas toujours. Je l'ai laissée regarder ses clips car elle n'avait pas classe le lendemain et j'ai refermé la porte de sa chambre pour aller chercher ma cadette. Je la trouvais en train de langer son baigneur qui fait tout. Quand je dis un baigneur qui fait tout, c'est qu'il rit, qu'il chie, qu'il fait pipi et qu'il ferme les yeux quand on l'allonge. Il fait tout sauf la télévision. Je me suis dit que ça intéresserait ma cadette de venir voir la télé avec son père moyennant un ou deux Springles. - Viens regarder la télévision avec moi ma chérie, j'ai des Springles. - Non. - Quoi non ? Extrait du prologue Voir la suite

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  • Michalon Eds