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Dictionnaire amoureux de Naples

Dictionnaire amoureux de Naples

La Naples de ce Dictionnaire amoureux est la Naples que Jean-Noël Schifano a vue et vécue au quotidien, de l'intérieur, au fil des années voluptueuses, douces et violentes, traversées par les tremblements de terre et les guerres des clans camorristes. Au milieu d'une débauche de couleurs, de cris, de saveurs, il dénonce ici, en amoureux et sans détour, les clichés, les préjugés et les contrevérités ou trucages historiques les plus tenaces... Mais surtout, à partir de son expérience intime, sensuelle et culturelle, il révèle, avec science et passion, le génie de la vie napolitaine, d'une civilisation unique en Europe. Son rapport à Naples passe d'abord par une gourmandise insatiable pour tous les dons qui se déversent - beautés, nourritures charnelles et spirituelles, merveilles évidentes et bizarreries apparentes - de l'immense corne d'abondance trois fois millénaire qu'est cette Ville singulière, et plus que jamais, pour tout amant de la vie, capitale. Depuis Chroniques napolitaines (1984) jusqu'à Sous le soleil de Naples (2004), tous les livres de Jean-Noël Schifano portent la marque de son inépuisable et contagieuse passion napolitaine. Ecrivain de Naples, il est aussi le seul Français citoyen d'honneur de cette Ville tant aimée, et qui le lui rend bien. Extrait du livre : Basile (Giambattista) 1575-1632 Celui dont aucun dictionnaire français ne parle, je l'ai semé, selon l'image célèbre du plus classique de nos dictionnaires, de-ci de-là, pour susciter interrogations, curiosité, intérêt, et peut-être, à partir de l'admiration infinie que j'ai pour l'oeuvre maîtresse de cet encore inconnu, recherches d'une traduction ou désir de le lire traduit du napolitain en italien - en attendant que la France nous donne une version qui ne soit pas trop simplette... Jean-Claude Simoën, mon éditeur, a voulu que je parle davantage de Basile, que j'en fasse une entrée - n'importe si on ne peut le lire en français que tronqué et traduit à la louche... Traduit, d'ailleurs, comme on le fait parfois des auteurs japonais, de l'anglais ; traduire Basile de l'italien, c'est mieux que rien : il faut pourtant, tant les mots et les rythmes et les histoires n'ont rien à voir avec le toscan devenu langue nationale italienne, traduire Basile à partir du napolitain pour garder toute la saveur, tout le fumet, tout le sublime et tout l'obscène du Conte des contes (posthume, 1636) connu aussi sous le titre de Pentaméron, selon la structure du livre qui fait, mais ça s'arrête là, un clin d'oeil au Décaméron : dix vieilles tordues comme des étrons sous la lune racontent dix nouvelles par jour pendant cinq jours : cinquante fables et leurs intermèdes, le livre miraculeux du bonheur et du rire... Tout commence par là : une belle jeune fille n'a jamais ri, elle sombre dans la mélancolie, son père a tout tenté, tous les spectacles les plus hilarants du royaume, rien n'y fait... La belle jeune fille, Zoza, moue à sa fenêtre, regarde dans le vide... «On raconte qu'il y avait une fois un roi de Vallée Pelue, qui avait une fille appelée Zoza, et que Zoza, comme un autre Zoroastre ou un autre Héraclite, on ne la voyait jamais rire.» Ultime invention du père désespéré : faire construire une grande fontaine devant le palais royal, et y faire couler de l'huile au lieu de l'eau, avec tout ce qui pouvait arriver de glissades et pots cassés... Zoza est à sa fenêtre, toujours mélancolique, «si sérieuse qu'elle paraissait confite dans le vinaigre»... Arrive une vieille qui, patiemment, absorbe l'huile avec une éponge et presse ensuite l'éponge gorgée du précieux liquide dans son jarron... Voir la suite

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